Le plus beau village de l’Italie du sud

Le plus beau village de l’Italie du sud

Montefalcone-Italie-allonsvoirailleurs.be-42Une fois n’est pas coutume, je (Roxane) prends le clavier. Il ne pouvait en être autrement puisque je vais vous parler du village natal de mon père, Montefalcone Nel Sannio, situé dans la province du Molise en Italie, le plus beau village de l’Italie du sud. Evidemment, je ne sais pas par où commencer, tant de visites et d’anecdotes, alors commençons par le début peut-être?
« Mes » premiers pas là-bas remontent à 1979, ce qui ne me rajeunit pas! A l’époque, nous étions partis en train. « Nous » c’est mon père, ma mère, ma petite soeur (1,5 ans à l’époque), ma Zia Livia, ma Nonna Rosa et moi (6 ans). Les souvenirs sont assez confus mais je me souviens quand même de notre wagon couchette, rempli de sacs et de valises au-dessus de nos têtes et en-dessous de nos pieds. Je me rappelle surtout de ma Nonna qui avait le mal du voyage et qui était persuadée qu’on allait tous mourir à chaque mouvement un peu brusque du train! Heureusement, pour le mal des transports, elle avait un remède infaillible: du persil dans le soutien-gorge (je n’ai pas testé)!

Un long et pénible voyage

Deux jours de voyage, c’était long pour arriver dans le plus beau village de l’Italie du sud. Je ne sais plus comment nous étions arrivés au village, un des nombreux cousins avait sûrement dû emprunter une voiture pour nous amener là-haut. Ce n’est pas très haut en fait, mais il y a quand même près de 10km de lacets avant d’arriver à ce que mon père appelle encore aujourd’hui « le plus beau village du monde ». C’est vrai que c’est magnifique, dans la montagne, à 656m d’altitude, le soleil qui brille de plein feu, bref ce n’est pas comme chez nous! En 1979, les rues sont encore en terre battue, les poules, les chiens et les ânes vont et viennent dans tout le village. Mais ce qui m’intéressait par dessus tout, c’est que j’allais dormir dans la maison italienne de ma Nonna et puis surtout j’allais rencontrer « les cousins(e)s ».

Je ne parle pas encore italien mais peu importe, quand on est gosse, on ne s’embarrasse pas pour si peu. Je passe mes journées avec les-dits cousin(e)s dans le village. On se fait les mollets sur les milliers d’escaliers, les parents nous laissent libres dans ce labyrinthe où tout le monde connait tout le monde. On passe des après-midi entières en pinède. Des vacances géniales! A plusieurs occasions, nous irons même à la mer avec le car qui fait le ramassage au village (avec ma mère mais sans mon père qui déteste ça, c’est un montagnard, qu’irait-il faire à la mer?). Ah l’Adriatique toute bleue, que de souvenirs! Le temps passe et pendant ma jeunesse, c’est comme ça que j’ai passé mes vacances!

Seulement voilà, on grandit, on devient ado, et à un moment, les vacances au village avec les parents, basta! Le trajet de 15h à 4 en Opel Corsa 2 portes, sans airco, sans radio et le frigo box entre ma sœur et moi, on n’en peut plus, on n’en veut plus. On râle tout le trajet. Et puis aussi, le silence lors du passage du San Gottardo, parce que 16km de tunnel, ça mets les nerfs au paternel (mais même sans tunnel, il avait toujours les nerfs à fleur de peau). Une fois arrivés, c’était quand même le bonheur de retrouver à nouveau cousin(e)s et amis!

Et puis un jour, c’est la délivrance, on n’est plus « obligées » d’aller au village. On fait notre vie, on devient adulte, quelques années passent et par la même occasion, on découvre de nouvelles destinations.

L’étranger, c’est Pierre

C’est 7 ans après ma dernière visite que je décide d’aller montrer ce « plus beau village de l’Italie du sud » à Pierre. On est en 2002, le macadam a remplacé la terre battue, il ne reste plus qu’un seul âne au village et mes cousin(e)s sont parti(e)s étudier dans de grandes villes (et s’y sont établis par la même occasion). Mais y venir avec un « étranger », c’est découvrir les lieux avec d’autres yeux et puis, enfin, nous découvrons ce qu’il y a dans les alentours (je vous rappelle que pour le père, rien n’existe en dehors des murs de son village). Et c’est vrai que c’est beau! Les petites ruelles me projettent dans le passé, les anciens sont toujours sur le pas de leur porte et le soir vous congratulent d’un « buona sera » traînant, en se demandant « mais qui c’est ceux là »? Je réfléchis et je donne finalement raison à mon père, ce n’est peut être pas le plus beau village du monde, mais il s’en rapproche. Je ne lui ai pas dit tout de suite. Trop sensible, il aurait sans doute pleuré des larmes de sang (c’est une de ses expressions).

Gastronomie locale

Et puis, comment ne pas évoquer la cuisine dans cet article? Parce que quand on était gosse, on faisait le tour de tous les cousins et zios du village, c’était « grosse bouffe » assurée: charcuterie faite maison (capocollo, ventricina), saucisse au fenouil, porchetta, pampanella, chèvre, fromages frais et j’en passe. A ce jour, personne n’a encore osé me contredire: les charcuteries de Montefalcone sont vraiment les meilleures du monde (et vous savez qu’on a déjà goûté beaucoup de choses). Et puis, il y a des pâtes qu’on ne mange que là (enfin, presque): cavatelli, taconelle, avec une sauce dont les tomates goûtent vraiment le soleil! D’ailleurs, en parlant de tomates, ma Nonna avait l’habitude de faire ses conserves elle-même et nous avons donc repris la tradition. Chaque année, le week-end du 15 août, on nous livre les pépites rouges d’Italie et c’est « opération tomate » en famille. Un grand moment de rigolade, de bruit, de souvenirs et de passage à table! C’est du boulot, mais ça n’a pas de prix!

La relève

Depuis l’année 2002, nous avons eu l’occasion d’y retourner plusieurs fois en famille et cet été, c’est même ici que nous avons terminé notre road-trip de 3 mois en Europe. On vous a parlé de nos vacances il y a quelques jours d’ailleurs. Un voyage qui s’est donc achevé en apothéose avec la famille autour de nous. Et même si mes cousin(e)s ne sont plus là, même si la maison de Nonna n’est plus à nous, même si la modernité est arrivée jusque là, c’est toujours un pur bonheur de revenir à Montefalcone. J’espère que nos filleules Nina et Lili auront, elles aussi, l’occasion de se faire les mollets sur les milliers d’escaliers que compte « le plus beau village du monde ».

Montefalcone-Italie-allonsvoirailleurs.be-15

Nos filleules, Lili et Nina, devant la maison

Même si certains passages ont légèrement été « romancés », ils s’inspirent tous de faits réels. J’en profite pour dédier cet article à mon père tout d’abord, mais aussi à ma mère, ma sœur Déborah, mes zias et zios, à Nonna Rosa qui n’est plus là, mes cousin(e)s de là-bas (Giovanni, Sabina, Paola, Claudio, Tiziana, Anna, Gianpaolo) et ceux d’ici (Frederika, Valérie, Christophe, Sébastien, Catherine, Florian, Julien et Thomas) sans oublier Toni, Nicoletta, Giovanni, Petrina et Gigino, mais aussi à tous ces fils et filles d’immigrés qui ont passé des vacances géniales « au village » J

 

Retrouvez ici quelques photos supplémentaires sur      Montefalcone nel Sannio

 

Related Post

The following two tabs change content below.

Pierre Michaux

Travel blogger
Passionné de voyages, je réalise mon rêve à chaque nouvelle destination que je découvre. Les rencontres, la culture, les nouvelles technologies, la musique, sont autant de moteurs qui me "boost" chaque jour! Blogueur-voyageur et expatrié, aujourd'hui je partage avec vous mes expériences de voyages autour du monde à travers mes articles et mes réflexions.