Hauts Plateaux du Vietnam

Un choix d’itinéraire

Le choix s’offre à nous sur la route depuis Hoi An. Soit nous faisons comme 90% des voyageurs et nous continuons vers le sud le long de la côte en visitant Dalat, Nha Trang et Mui Né jusque Ho Chi Minh, soit nous bifurquons vers l’ouest, sur les Haut Plateaux via Kontum et Buon Ma Thuot avant de rejoindre le Delta du Mékong. Vous l’avez deviné, nous avons choisi la deuxième solution. Authenticité, tourisme peu développé et ethnies minoritaires, ça on adore !

Bus de nuit

La nuit ne fut pas trop mauvaise mais courte dans le bus couchette depuis Hoi An. Le taxi nous emmène à notre guesthouse, un peu en dehors de la ville. Il est 5h et la réception nous donne la clef, c’est avec surprise que nous enfilons donc nos pyjamas et continuons notre nuit dans un bon lit douillet.

Kontum et Buon Ma Thuot : circulez, rien à voir ?

La vieille et belle église en bois de 1913 voit Kontum grandir, la ville compte aujourd’hui 56000 habitants mais elle grossit à vue d’œil. Nous prenons les vélos pour en faire le tour mais sans réelle conviction.

C’est un peu le même constat à Buon Ma Thuot qui compte 154000 habitants. Il y a néanmoins le Musée des Ethnies Minoritaires vivant sur les Hauts Plateaux. Un bâtiment immense renfermant un musée passionnant. Us et coutumes, faune et flore, richesses naturelles, tout est expliqué et disponible en anglais ou parfois en français. Il ne faut pas le rater !

Les ethnies minoritaires du nord des Hauts Plateaux

Il faut s’écarter du centre pour trouver un peu de cette authenticité recherchée. A Kontum, nous avons pris contact avec Mr Manh de l’agence Highland Eco Tours, une agence qui propose des tours uniquement sur la région des Hauts Plateaux. Nous partons en moto explorer les environs avec notre guide très sympathique et un jeune Français en voyage également.

Nous observons les ethnies minoritaires, principalement les Bahnars et les Zrais, vaquer à leurs occupations, dans les plantations de café surtout, mais aussi de tapioca et de poivrier. Leurs maisons sont souvent sur pilotis, construites en bois, bambou, en paille pour le toit. Les familles habitent le haut de la maison, tandis que le bas est laissé aux animaux ou aux motos et autres outils agricoles.

Ce qui nous frappe le plus chez les Bahnars, ce sont les maisons hautes, maisons de communauté. Elles sont utilisées par les villageois pour les occasions de fête mais aussi pour éduquer, apprendre aux jeunes les us et coutumes. Les anciens se succèdent pour que les futurs adultes respectent les traditions. C’est l’équivalent chez nous des « Maisons de jeunes ou maisons de quartier » mais avec des traditions ancestrales toujours bien présentes et un respect fort pour les anciens.

Croyances animistes

En opposition à d’autres minorités vivant dans le nord du Vietnam ou encore aux Banhars qui sont catholiques, les Zrai sont animistes. Ils croient et vénèrent leurs ancêtres.

Nous avions déjà vu à Bajawa sur l’ïle de Florès en Indonésie ces populations sacrifier les animaux pour célébrer un événement ou conjurer un mauvais sort. Ici, petits ou grands événements, on sacrifie porcs, chèvres, poulets ou encore des buffles. Pour inaugurer une nouvelle maison, on peut faire la fête jusqu’à 5 jours, étonnant !

Les familles Zrais sont matriarcales. La famille de la fille paie pour le garçon, le mariage, la fête, etc. Si la fille vient tragiquement à mourir, l’homme peut entreprendre une relation avec une autre fille mais de la même famille que sa femme décédée, question de rentabiliser l’investissement, nous dit Mr Chanh.

Chez certaines minorités, pour trouver le terrain afin d’y construire une nouvelle maison, on plante un bâton en invoquant les génies. On doit chercher un autre terrain si les rêves montrent de mauvaise augures.

Notre exploration continue jusqu’au cimetière Zrai. Ces cimetières sont très particuliers. A la mort d’un proche, les survivants pensent que l’âme du défunt est toujours présente. Ils lui construisent alors, dans le cimetière, une « maison » (cabane) et y apportent chaque jour à manger et à boire. Ils y installent aussi un tabouret, une chaise, une petite table, un casque de moto, toute chose qui rappelle le vécu du défunt et qui pourront lui amener sérénité et vie éternelle.

Plusieurs années plus tard, entre 3 et 10 ans après la mort, la famille célèbre l’abandon. Le défunt est prêt à rejoindre le paradis. On y sacrifie alors buffles et autres animaux, on danse autour du défunt et on invite le village entier.

Ce qui nous frappe le plus, en dehors de l’attention qu’on porte aux défunts, c’est l’ambiance heureuse, de fête qui règne toujours autour d’un événement, au départ malheureux. Respect !

Avant de quitter Kontum, nous aurons une après-midi festive. Entre le déjeuner chez l’habitant, bien arrosé au vin de jarre et la découverte musicale des Bahnars jouant du « gong », nous prenons beaucoup de plaisir. Notre participation rapide et discrète à jouer de la musique avec les locaux nous rappelle que notre oreille musicale n’est pas vraiment au même niveau que notre hôte. Le Mozart qui est en nous ne s’est donc pas encore réveillé !

De Buon Ma Thuot au Lac Lak

Les paysages défigurés par le déboisement mais aussi et surtout par les bombardements pendant la guerre du Vietnam se voient assez clairement dans cette partie des Hauts Plateaux. Ici, pendant la guerre, les populations ont dû affronter l’horreur, le napalm et le fameux agent orange. Buon Ma Thuot, au sud, était une base américaine importante. C’est ici que s’est jouée la fin de la guerre, le 10 mars 1975, dernière grande bataille avant la chute de Saigon quelques mois plus tard.

Le déboisement pour replanter l’hévéa a fait beaucoup de dégâts. Depuis, le cours du latex a dégringolé et les habitants gagnent très peu d’argent. La tendance est plutôt à planter le bois de santal, 3 fois plus cher que le latex. (7000 VDN le kg)

Nous partons pour la journée avec cette fois Mr Minh de l’agence Happy Travel, un sacré personnage. De l’humour, de la passion et Monsieur « Café » avec un grand « C ». ! Mr Minh nous explique un peu près tout ce qu’il faut savoir sur la production de café, nous en dégusterons au moins 4 sur la journée, bref on est en grande forme.

Nous passerons près des chutes de Dray Nur, les plus grandes des Hauts Plateaux puis vers les villages Edé.

Cette minorité ethnique, les Edé, est caractérisée par des maisons longues dans lesquelles ils habitent en famille sur plusieurs générations. La forme longue de ces maisons rappelle en fait les bateaux dans lesquels sont arrivés leurs ancêtres en provenance de Malaisie. Ils sont curieusement assez riches. Fonctionnaires à l’époque française, ils ont en effet appris comment faire pousser le café et le vendre. Les terres très fertiles et la connaissance du café ont donné un résultat très lucratif à cette population.

Les 2 types de caféiés principaux présents sur les Hauts Plateaux

Arabica: Coffea arabica, produit un café fin et aromatique qui donne une boisson riche en caféine. Culture plus délicate et moins productive est donc plutôt réservée à des terres de montagne. Les grains d’arabica sont considérés supérieurs.

Robusta:Coffea canephora, 35% de la production mondiale, nécessite moins d’entretien que le Coffea arabica et est donc moins cher à produire. Il contient aussi plus de caféine que l’arabica. Le robusta voit son utilisation limitée au café bas de gamme, souvent pour en augmenter le volume. Il est aussi utilisé dans le café instantané et dans des mélanges pour expresso, afin que sa mousse caractéristique, lacrema, puisse se former.

 

 

Le Lac Lak

Plus au sud, nous rejoignons la dernière étape de notre voyage sur les Hauts Plateaux, le Lac Lak. Un lac très profond, de 5000ha, la bouche d’un ancien volcan. Ici, c’est la pêche et la culture du maïs qui apportent les ressources nécessaires aux familles de l’ethnie minoritaire des Mnong. Les familles sont très pauvres, elles pêchent crabes et autres poissons du lac, dans des pirogues creusées d’un seul tronc. On aperçoit quelqu’un qui pêche à l’électricité, pourtant interdit. C’est la récolte du maïs, le village est en effervescence. Quelques hommes veillent aussi à ce que les éléphants soient prêts pour les quelques touristes qui s’aventurent ici. Autrefois compagnons de travail des Mnong, ils sont aujourd’hui utilisés pour le tourisme et choyés comme ils se doit.

 

Bye Bye Vietnam

C’est via Ho Chi Minh que nous quitterons le Vietnam quelques jours plus tard. Un océan de bonheur nous a submergé pendant ces 28 jours ici. Terminer par les Hauts Plateaux fut une nouvelle fois une excellente surprise. N’oubliez pas ce bout du Vietnam trop peu visité aujourd’hui, vous serez très vite conquis !

A voir et à faire sur les Hauts Plateaux du Centre

Note: 100.000 VDN = 3,80€ (20/09/2015) 

1. Eglise de Kontum (gratuit)

Temps à y consacrer: 2h avec le tour de la ville

2. Villages Bahnars et Zrai

Temps à y consacrer: 1 journée ou plus. Logement chez l’habitant possible. Organisée par Highland Eco Tours

Prix d’une journée: +/- 500.000 VDN (19€) – Sur base de 2-3 personnes

3. Musée des Ethnies Minoritaires de Buon Ma Thuot

Temps à y consacrer: 2h

Prix: 20.000 VDN

4. Villages Edé et Mnong

Temps à y consacrer: 1 journée ou plus. Logement chez l’habitant possible. Combiner avec les chutes et le Lac Lak. Organisée par Happy Travel

Prix d’une journée: 850.000 VDN (32€) – Sur base de 2 personnes

5. Les chutes de Drai Sap et Dray Nur

Temps à y consacrer: 1h30

Prix: compris dans la journée avec Happy Travel (sinon possible en scooter – 35km – prix: 15.000 VDN)

6. Lac Lak et le village de Ban Don

Temps à y consacrer: 2h ou plus, homestay possible dans la rue principale du village (tous alignés, il y en a 3)

Prix: compris dans la journée avec Happy Travel

Pour se rendre dans la région, le bus et l’avion sont 2 alternatives. Depuis Da Nang ou Hoi An, comptez 10h en bus de nuit (900.000 VDN). Depuis Ho Chi Minh, comptez 7h. Deux aéroports connectés au reste du pays: Pleiku et Buon Ma Thuot.

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Pierre Michaux

Travel blogger
Passionné de voyages, je réalise mon rêve à chaque nouvelle destination que je découvre. Les rencontres, la culture, les nouvelles technologies, la musique, sont autant de moteurs qui me "boost" chaque jour! Blogueur-voyageur et expatrié, aujourd'hui je partage avec vous mes expériences de voyages autour du monde à travers mes articles et mes réflexions.